Les tournois bounty occupent désormais une place centrale dans les calendriers live et en ligne en 2026. Des knockouts classiques aux formats progressive knockout (PKO), la récompense immédiate obtenue lors de l’élimination d’un adversaire modifie profondément l’équilibre mathématique du jeu en tournoi. Pourtant, de nombreux joueurs surestiment la valeur réelle d’une prime et commencent à poursuivre les éliminations au détriment de leur équité à long terme. Dans cet article, nous allons analyser comment évaluer correctement les primes, comment elles interagissent avec l’équité du prize pool et l’ICM, et comment ajuster votre approche sans compromettre une stratégie solide.
Dans un tournoi freezeout classique, chaque décision repose sur la chip EV et, plus tard, sur les considérations liées à l’ICM. En format bounty, chaque joueur représente également une valeur monétaire supplémentaire. La première étape consiste à déterminer combien cette valeur représente réellement. Dans un tournoi bounty standard, une partie fixe du buy-in est attribuée à chaque joueur sous forme de prime statique. En PKO, une partie de la prime est payée immédiatement et une autre partie est ajoutée à votre propre prime.
Prenons l’exemple d’un tournoi PKO à 100 € où 50 € alimentent le prize pool classique et 50 € constituent le pool des primes. Vous commencez donc avec une prime de 50 € sur votre tête. Lorsque vous éliminez un adversaire, vous pouvez recevoir 25 € immédiatement, tandis que les 25 € restants augmentent votre propre prime. Cela signifie que le gain instantané ne représente que la moitié de la prime affichée, le reste devenant une équité future non garantie.
Pour évaluer correctement un call, il est nécessaire de convertir la prime en équivalent en jetons. De nombreux joueurs expérimentés en 2026 ajoutent la valeur immédiate de la prime à l’EV globale du coup et évaluent prudemment la partie progressive. L’erreur fréquente consiste à supposer que les futures éliminations sont acquises, ce qui n’est jamais garanti.
Face à un all-in, il faut combiner deux éléments : la chip EV du pot et la valeur monétaire immédiate de la prime. Si la prime immédiate vaut 25 € et que, au début du tournoi, un jeton équivaut approximativement à 0,01 €, alors la prime représente environ 2 500 jetons d’équité supplémentaire. Cela modifie le seuil d’équité requis pour payer.
Cependant, cette conversion devient moins fiable à mesure que le tournoi avance. La valeur des jetons n’est pas linéaire. Lorsque les tapis se réduisent et que les paliers de paiement approchent, chaque jeton risqué peut avoir une importance bien supérieure en termes de survie. Ainsi, un call justifié en début de tournoi peut devenir une erreur coûteuse à l’approche de la bulle.
Les joueurs solides ajustent constamment le ratio prime/jetons en fonction de la phase du tournoi, de la profondeur des tapis et de la taille du field. Plus votre compréhension des modèles d’EV en tournoi est précise, plus vous pourrez équilibrer correctement l’incitation liée à la prime avec la valeur de la survie.
Au début d’un tournoi bounty, la valeur des jetons est proche de la linéarité. Dans cette phase, élargir légèrement certaines ranges de call ou de reshove peut être justifié si la prime améliore sensiblement l’EV globale du coup. L’élimination d’un adversaire combine alors accumulation de jetons et gain immédiat.
Le milieu de tournoi exige davantage de discipline. Les tapis deviennent hétérogènes et la survie prend une importance accrue. Surévaluer les primes conduit souvent à des prises de risque marginales qui affaiblissent votre stack et réduisent vos chances d’atteindre les paliers supérieurs. L’ajustement correct consiste à cibler sélectivement les tapis plus courts dont la prime justifie réellement le risque.
Il est également crucial d’anticiper les dynamiques de table. Les joueurs possédant une grosse prime deviennent des cibles naturelles. Si vous avez accumulé plusieurs éliminations, attendez-vous à être payé plus léger. Cette dynamique peut être exploitée en resserrant vos ranges de value.
Une erreur fréquente consiste à se laisser influencer émotionnellement par la perspective d’une élimination. La récompense immédiate peut détourner l’attention de l’objectif principal : maximiser l’EV globale du tournoi. Cette approche conduit souvent à payer contre des ranges solides uniquement parce qu’une prime est en jeu.
Une stratégie disciplinée repose sur des seuils d’équité clairement définis. Si un spot serait un fold évident en freezeout et que la prime n’améliore que marginalement l’EV, le fold reste la décision correcte. Une prime doit faire basculer un spot serré, pas justifier une prise de risque injustifiée.
En 2026, de nombreux joueurs professionnels analysent spécifiquement leurs performances en PKO et utilisent des simulations intégrant la valeur des primes afin d’optimiser leurs ranges et d’éliminer les décisions émotionnelles.

À l’approche de la bulle et de la table finale, l’ICM devient déterminant. Dans ces phases, la valeur de la survie dépasse souvent celle d’une prime immédiate. Une prime de 200 € peut sembler attractive, mais si le call augmente fortement le risque d’élimination avant un saut de gain important, le coût réel peut être supérieur à la récompense.
Près de la bulle, les stacks intermédiaires sont les plus vulnérables. Les short stacks peuvent justifier davantage de prises de risque pour doubler et collecter une prime. Les gros tapis peuvent exercer une pression en couvrant leurs adversaires. Les stacks moyens, en revanche, doivent éviter les confrontations marginales motivées uniquement par la prime.
En table finale, chaque décision doit intégrer l’ICM. La prime conserve une valeur, mais elle doit être actualisée en fonction de la structure des paiements. Il peut être correct de folder un call positif en chip EV si le gain attendu en termes de paliers de paiement dépasse l’intérêt combiné du pot et de la prime.
Dans les PKO, les dernières phases créent des situations particulières. Certaines primes peuvent dépasser largement le buy-in initial. Lorsque vous couvrez un joueur avec une très grosse prime, l’incitation à payer plus large augmente, mais toujours dans le cadre d’une analyse ICM rigoureuse.
Les joueurs avancés utilisent des modèles ICM ajustés intégrant directement l’EV des primes. Si beaucoup se fient à l’intuition, les compétiteurs sérieux étudient des scénarios de table finale spécifiques aux PKO afin d’adapter précisément leurs ranges.
L’objectif ultime reste la maximisation de l’EV totale. Un tournoi bounty bien joué ne consiste pas à accumuler le plus d’éliminations, mais à prendre des décisions cohérentes à chaque phase. Parfois cela implique de passer une main forte ; parfois cela signifie accepter un risque calculé lorsque l’équité combinée le justifie clairement.